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Rencontre dans les champs... en Occitanie

Pierre-Alain et Jasmine Gibert, deux passionnés en quête de défis permanents

Située à 40 km du fournil Belledonne d'Occitanie, Montgaillard est un petit village tranquille du Tarn, entouré de champs vallonnés. C’est dans ce cadre agréable que sont installés Pierre-Alain et Jasmine, un couple de jeunes agriculteurs rayonnants et hyperactifs !

Ces deux ingénieurs agro vivent désormais de leur passion, l’agriculture, et sont sur tous les fronts : aux champs et au moulin, à la commercialisation et un peu au maraîchage en permaculture (pour le plaisir !), à l’éducation de leurs trois enfants... Autant dire qu’ils ne chôment pas !

Grand sourire et poignée de main ferme, ils nous accueillent dans leur maison attenante au moulin (ou l’inverse…)


Belledonne. Je crois que c’est un vrai choix pour vous de devenir agriculteurs, quel est votre parcours ?

Pierre-Alain. J’ai repris l’exploitation familiale en 2012. Mon grand-père était agriculteur, puis mon père a continué. Mais tout n’était pas tracé, je voulais que ce soit un véritable choix de vie et non une tradition à perdurer. J’ai fait des études d’ingénieur agronome. Je voulais tout voir et faire mes propres expériences. Je suis parti jusqu’en Amérique du Sud pour découvrir des pratiques agricoles différentes et nous avons travaillé, un temps, en Guadeloupe d’où ma femme est originaire.

Jasmine. Je n’ai rejoint l’exploitation qu’en 2016. Je suis plutôt sur la partie moulin et commercialisation. Je travaillais en magasin bio, au départ, quand on s’est installé ici. On ne gagnait pas suffisamment notre vie avec la seule culture des céréales.


Le bio a été une évidence pour vous ?

PA. Nous sommes dans une région très préservée (ndlr. L’Occitanie est la région où l’on dénombre le plus d’agriculteurs bio). Mon père était déjà en agriculture raisonnée, et j’ai poussé la démarche jusqu’au bio dès que j’ai repris la ferme, par conviction profonde.


Vous avez également investi dans la partie moulin récemment, c’est important de faire votre propre farine ?

J. 55 ha c’est une petite exploitation, la simple production céréalière n’était pas suffisante pour la viabilité de notre activité. Il fallait valoriser nos productions. Transformer nos céréales en farines est un bon moyen pour assurer de meilleurs revenus. Et c’est très enthousiasmant aussi !

PA. Nous avons investi dans 2 meules de pierre il y a 6 ans : une meule de granit du Sidobre type Astrié, fabriquée en local (Tarn) ; un moulin du Tyrol, plus petit, pour moudre des grains tendres (petit épeautre, sarrasin…). Ce sont de beaux outils 100% mécaniques pour que je puisse en assurer moi-même la maintenance régulière !

C’est vrai que c’est intéressant de travailler une farine en faisant des assemblages de différents blés pour qu’elle ait une qualité, un rendu précis en fonction de son usage. On fait aussi évoluer nos cultures comme ceci, en ne plantant que les blés qui nous fourniront la qualité de farine souhaitée (le goût, la couleur, la tenue etc…). On sème en pur (1 seule variété par champs) et on moud en pur aussi, pour mieux maîtriser la qualité finale de la farine assemblée.

Et je ne laisse rien au hasard : je sais maintenant quels blés associer et dans quelles proportions pour obtenir la meilleure farine !


Justement, vous fournissez au fournil Belledonne d’Occitanie, en plus des farines classiques de blés T150 et de petit épeautre intégral, une farine de blés anciens pour notre pain du même nom lancé cette année.

PA. Oui, nous avons fait notre première récolte de blés anciens en 2016 ! Ça n’a pas été simple, mais Belledonne nous a soutenu et accompagné dans cette démarche.

Nous avons remis en culture 3 variétés dont le blé fin de Tauriac, le village voisin. Cette variété locale avait été préservée par un paysan du coin aujourd’hui décédé. L’Association Pétanielle (membre du Réseau Semences Paysannes), dont nous sommes adhérents, a récupéré la semence qu’elle a développée. Mais ces semences « hors catalogue » ne sont pas autorisées à la vente même si la réglementation évolue en bio pour les années à venir. Il faut 1 kg de semences pour 10 kg de grains récoltés, il faudrait 7 ans pour arriver à échelle paysanne avec les 100g que donne l’INRA. Alors, on se débrouille, on fonctionne par échange entre paysans, c’est autorisé. Un paysan m’a donné 50 kg de semence que je lui ai rendu à la 1ère récolte. Ça participe aussi à la préservation et au développement de ces variétés anciennes car elles se transforment et s’adaptent aux terres où elles sont semées.

J. Et il y a une vraie adhésion des clients pour cette farine, Belledonne en 1er lieu ! C’est une farine unique parce que maîtrisée, très aromatique et à teneur réduite en gluten.


Quelles sont les spécificités de ces blés anciens ?

PA. Au niveau cultural, les blés anciens sont plus rustiques, mais aussi plus sensibles à la météo. Ils sont plus hauts que les blés classiques, il y a donc un risque supplémentaire que les blés « versent » c’est-à-dire qu’ils se couchent dans les champs après de fortes pluies ou des vents violents. Ça plombe la récolte. Le rendement est inférieur également. Ce sont des blés sensibles à la carie (maladie commune des blés), c’est pourquoi, en préventif, nous les traitons à la bouillie bordelaise (cuivre).

Mais ils ont plein d’avantages. J’ai testé 11 variétés anciennes avant d’en sélectionner 3 pour leurs qualités gustatives et nutritionnelles. La Gentille Rosso, que j’appelle le cousin du petit épeautre, a un gluten plus assimilable, il va former un réseau moins fort et être plus digeste une fois panifié. C’est cette variété qui donne la couleur dorée et lumineuse typique du pain aux blés anciens de Belledonne. La Bladette de Puylaurens a peu de son et apporte la force, la blancheur et le goût. Enfin, le blé fin de Tauriac est de loin le plus aromatique, et il est facile à trier.


Vous cultivez blés classiques et anciens, seigle, petit et grand épeautre, pois chiche, lentille, soja, tournesol et luzerne. Pourquoi un choix si large et comment décidez-vous des cultures à mettre en terre ?

PA. D’abord, l’exploitation s’étend sur une multitude de petites parcelles autour de la ferme, ce qui nous permet de varier les cultures et de les adapter aux différentes évolutions des sols. Encore une fois, rien n’est laissé au hasard, chaque céréale ou légumineuse apporte des nutriments à la terre. Je joue uniquement sur la rotation des cultures, je n’utilise pas de fertilisant même bio, pour que les blés prennent ce qu’il y a dans le sol. Par exemple, la luzerne (qui occupe toujours 1/3 des terres) nettoie les sols en 4/5 ans, ensuite, les blés y poussent très facilement et ils sont super propres ! La lentille enrichie le sol en azote ce qui contribue à la qualité des blés ensuite.

C’est ça la bio : s’appuyer sur la nature, la comprendre pour mieux s’en servir sans l’affaiblir mais au contraire la nourrir.


Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?

PA. Les défis permanents ! Il faut se renouveler, s’adapter perpétuellement, être ingénieux pour atteindre un niveau de qualité qui doit être exigeant. Faire du bio ça ne veut pas dire renier sur la qualité. Tout est possible !

Les améliorations continues que j’essaye d’apporter à mes process (moulins, systèmes de triage, décorticage, stockage…) visent le confort de travail et l’exigence qualité toujours plus élevée.


A ce propos, vous avez des outils insolites, certains datent d’une autre époque, d’autres ont été détournés de leur usage initial…

PA. Oui, j’ai un trieur à l’ancienne datant de l’époque de mon grand-père, c’est le seul restant dans la région et c’est un super outil. Il fait 3 triages en un seul passage (impuretés, grains cassés, gros son). J’aimerai le faire évoluer pour automatiser le remplissage des sacs, ce serait un vrai gain de temps sur une tâche simple mais chronophage.

J’ai également transformé un broyeur à farine en décortiqueuse spécialement pour le petit épeautre qui nécessite qu’on enlève l’enveloppe (contrairement au blé moissonné sans).

Sinon j’ai aussi une table densimétrique « maison » qui sépare les cailloux et autres impuretés du grain, inévitables lors de la moisson. Je peux faire plusieurs passages si je ne suis pas satisfait du résultat.


J’imagine que vous avez des projets pour l’avenir ?

PA. Bien sûr ce n’est pas ce qui manque. J’aimerai agrandir et rénover le hangar de stockage parmi d’autres choses.


Cela fait 5 ans que vous travaillez avec Belledonne, que vous apporte ce partenariat durable et comment décririez-vous notre relation?

PA. C’est une rencontre imprévue au départ et qui m’a tout de suite plu. Belledonne met du sens dans ses actions, et nous partageons les mêmes valeurs. C’est une grosse motivation pour nous aussi.

Et puis, on se développe l’un avec l’autre c’est assez collaboratif comme relation. Echanger avec vos 3 boulangers nous aide à progresser. Pour nous, c’est un vrai soutien au développement de l’exploitation, pour nos investissements. C’est aussi une sécurité appréciable.